En 2022, Crystal Dynamics envoie un questionnaire aux joueurs et joueuses sur l’avenir de la saga Legacy of Kain. Gros choc : c’est la première fois depuis des lustres que la saga donne des nouvelles. Et celles-ci semblent indiquer que le studio prévoit son retour. Depuis, silence radio de nouveau. La crise du jeu vidéo s’installe entretemps. On ignore donc quand Kain et Raziel sortiront encore une fois de la tombe. Pour autant, l’amour pour cette saga n’a jamais tari. Grande fresque de Dark Fantasy, elle impose en son temps deux figures charismatiques au sein du jeu vidéo : le cruel Kain et son ancien lieutenant vengeur, Raziel. Voilà l’occasion pour vous de redécouvrir le tout premier épisode de cette incroyable saga, Blood Omen : The Legacy of Kain

Note : La version testée ici est la version PC. La version PSX était disponible sur le vieux PS Store de la PS3 mais ne fonctionne pas sur les consoles actuelles. À moins de trouver une version boîte, il vous faudra vous tourner vers le PC pour y jouer. Je vous recommande définitivement la version GoG, la version boîte (en admettant que vous la trouviez) étant totalement incompatible avec les systèmes modernes. La version GoG en revanche tourne sans soucis mais n’est disponible qu’en VO avec sous-titres Anglais uniquement. Vous pouvez vous procurer cette dernière à cette adresse !

Retournons aux alentours de l’année 1993. Denis Dyack, président de Silicon Knights et Ken McCulloch, directeur artistique et scénariste pitchent un nouveau titre : Les Pilliers de Nosgoth. Le studio souhaite voir grand, avec un titre à gros budget dépassant les standards de l’industrie du moment. Un deal est finalement réalisé avec Silicon Knights. La production se lance et compte notamment une certaine Amy Henning dans ses rangs, au poste de design manager. Lile Hall, producteur du jeu, souhaite également sortir le titre sur la future PlayStation et non pas les 3DO et Sega Saturn. Pour Dyack, le jeu devait être un jeu attirant pour les adultes. La charte est la suivante : Zelda mais version Dark Fantasy, un scénario shakespearien, et des influences comme la saga Nécroscope, le film Impitoyable et la complexité narrative de La Roue du Temps de Robert Jordan.

Denis Dyack
Denis Dyack, fondateur de Silicon Knights, et créateur de la saga Legacy of Kain.

La question centrale du jeu pose également les intentions : le Mal n’est-il question que de perspective ? Les anti-héros qui aujourd’hui font le sel du jeu vidéo sont rares à l’époque. Et Blood Omen : The Legacy of Kain voulait donner un sacré coup de pied dans la fourmilière ! En effet,  pour survivre, il allait falloir tuer des innocents. Un concept à cette époque qui allait frapper le monde. La production du jeu s’étale sur trois ans et demi. Le staff double à Silicon Knights. Des employés de Crystal Dynamics volent jusqu’au Canada pour six mois pour parachever le jeu. Une première dans l’industrie : le jeu affiche un panel d’entrée clarifiant qui sont les auteurs exacts du jeu. En Novembre 1996, Blood Omen : The Legacy of Kain débarque sur PlayStation. Un portage sur PC suit en 1997. Une version Saturn est prévue mais n’est jamais achevée.

Le jeu est un immense succès commercial. Côté critique, on loue l’atmosphère de Dark Fantasy gothique, le scénario complexe ainsi que l’exceptionnelle qualité du doublage. La comparaison avec la saga Zelda n’est pas en reste ! Blood Omen : The Legacy of Kain est rapidement considéré comme le cousin ténébreux de la célèbre saga de Nintendo. La version PC est quant à elle jugée inférieure à celle sur PlayStation. La raison : des soucis de performances et une maniabilité au clavier hasardeuse. Pour autant, le jeu marque les esprits et devient le pionnier d’un genre florissant de nos jours : celle des jeux à anti-héros. Kain est quant à lui l’ancêtre des Kratos, Trevor, Kane & Lynch, et autres personnages à la moralité plus que discutable.

La suite on la connaît : une bataille juridique acharnée fait que Silicon Knights récupère la saga et lance la suite. Amy Henning prend ainsi le contrôle de la saga Legacy of Kain. Sortent donc Soul Reaver, Soul Reaver 2, Blood Omen 2 ainsi que l’ultime épisode, Defiance. Denis Dyack de son côté, bien que respectant le travail des développeurs, se désolidarise complètement de ces jeux. Il estime en effet qu’ils ont suivi une tout autre orientation que celle prévue par les auteurs d’origine. Pour autant il continuera sa carrière en pondant notamment l’exceptionnel Eternal Darkness : Sanity’s Requiem sur Gamecube. La suite spirituelle, Shadow of the Eternals, étant actuellement dans les limbes, il se penche dans l’immédiat sur une suite spirituelle (une autre ! ) à The Legacy of Kain du nom de Deadhaus Sonata. Mais pour l’instant retour en arrière au sein de la sombre Nosgoth !

Amy Henning, figure légendaire du jeu vidéo. Sa carrière décolle pleinement avec Blood Omen : The Legacy of Kain. Elle prend par la suite la direction de la saga lorsque celle-ci passe dans les mains de Crystal Dynamics. Par la suite, elle fonce chez Naughty Dogs et s’illustre sur Jak and Daxter et Uncharted.

Nosgoth, la ténébreuse. Nosgoth la maudite. Les qualificatifs manquent aujourd’hui pour décrire cette terre, reflet putride du paradis qu’elle fut autrefois. Le Cercle des Neuf, une cabale de sorciers pervertis par la folie, a retourné sa magie contre la Terre qu’il devait protéger. Et les neuf piliers de Nosgoth chargés de maintenir l’équilibre ne sont plus qu’un chancre hanté par le spectre gémissant d’Ariel. Autrefois la gardienne de l’équilibre, celle-ci est assassinée sauvagement et condamnée à errer auprès des piliers qu’elle défendait. L’Enfer s’abat sur la contrée. La mort, le vice, les épidémies et la violence deviennent le pain quotidien des hommes et femmes qui y vivent. Dans les ombres nocturnes, des horreurs tapies guettent la moindre occasion de s’en prendre aux habitants. Tous restent cloîtrés dans la sécurité relative de leurs villages. D’autres parsèment les forêts, assassinant les innocents, ou servent de sombres cultes.

C’est dans cette terre agonisante, que naît Kain, jeune aristocrate ambitieux. Natif de Coorhagen, celui-ci entreprend un voyage loin de sa ville natale. Excès de fierté ? Manque de prudence ? Toujours est-il que Kain tombe dans une embuscade au cours d’une nuit glaciale. Malgré ses prouesses, il tombe sous les coups d’épée des bandits. Mais la mort n’est pas la fin pour Kain. Le nécromancien Mortanius lui propose en effet de pouvoir revenir à la vie et se venger. Kain, aveuglé par sa soif de sang, accepte sans réfléchir. De retour dans le monde des vivants, foulant d’un pied immortel la terre toujours plus dévastée de Nosgoth, Kain découvre alors la terrible vérité : il est désormais un vampire, un monstre suceur de sang capable d’invoquer des pouvoirs monstrueux et d’une cruauté sans limite. Sa première tâche est simple : venger sa mort en écharpant les bandits qui l’ont attaqué.

Un pacte avec un sorcier et le noble Kain devient un puissant vampire. Mais sa simple quête de vengeance égoïste va très rapidement prendre une tournure bien plus complexe qu’il ne l’aurait pensé.

Mais ce châtiment n’est qu’une bien maigre consolation à sa triste condition. Kain est prisonnier de cet état à mi-chemin entre la vie et la mort. Et pourtant, il lui reste cependant un espoir : purifier Nosgoth en éliminant les membres dépravés du cercle afin de rétablir l’équilibre et lui redonner sa pureté. Ce qui n’était au final qu’une simple vengeance se mue alors en quête dont l’issue décidera du sort de ce monde. Mais Kain n’est peut-être pas un héros aussi pur que ceux que l’on est en droit d’espérer. Car sur Nosgoth, le Mal est une graine présente dans le cœur de tous les êtres et celle-ci ne demande qu’à germer.

Ce jeu est déjà l’occasion de rencontrer l’un des personnages les plus charismatiques jamais créés. Si vous estimez qu’un type comme Kratos est un fieffé salopard, attendez de voir Kain à l’œuvre. Tueur-né, être sadique prenant un immense plaisir à écharper ses adversaires de toutes les manières, il se fraye un chemin en tuant criminels, monstres et innocents sans distinction. On n’oublie pas cette première fois où celui-ci pousse un Vae Victis triomphant après avoir débité en tranches son adversaire. Finie la nomenclature de l’époque axée sur les preux chevaliers et les barbares musclés partis sauver d’affriolantes demoiselles en détresse. Kain incarne un certain rejet de la routine et marque une nouvelle période du jeu vidéo : celle de l’instauration des grandes figures du Mal charismatiques et complexes en lieu et place des antagonistes simplistes qui ne sont maléfiques que parce que le scénario l’exige.

Kain inaugure l’ère des grands anti-héros au sein du jeu vidéo ! Il reste encore aujourd’hui un des personnages les plus illustres et les plus charismatiques jamais créés.

Blood Omen : The Legacy of Kain est surtout un des plus illustres représentants du genre Dark Fantasy tous médias confondus. Nul vaillant chevalier en quête de justice ou de quête divine ici. Place à la crasse, à la sueur, aux sang, aux larmes et aux tripes. On le répète encore et encore : il est le sombre reflet de la saga Zelda. Link le vertueux devient ici Kain le sanguinaire. Hyrule la belle devient Nosgoth la glauque. On explore villages et donjons tout en se constituant un arsenal. Et bien sûr, il y a cette épée légendaire qui est au cœur des deux sagas. C’est ici en effet qu’on découvre la légendaire Soul Reaver qui donnera son nom à la suite de la saga. Pour redire les choses simplement, Blood Omen : The Legacy of Kain, c’est Zelda version Dark Fantasy gothique.

L’ambiance du jeu s’exprime d’abord par le visuel. C’est d’ailleurs le seul épisode de la série en full 2D, époque oblige. Les graphismes pixélisés resplendissent encore de nos jours et bénéficient d’effets novateurs pour l’époque. Les éclairages notamment sont extrêmement élaborés et servent même le gameplay du jeu. Nosgoth à ce moment tranche également assez nettement avec sa version plus « fantasy post-apo » des épisodes suivants. On explore ainsi d’interminables forêts, des routes de montagnes escarpées, des marécages fétides, des manoirs et villages glauques et même une magnifique cité perdue. La maturité du ton va jusque dans le souci du détail où cadavres sanguinolents et portraits érotiques dans les bordels émaillent les environnements. Enfin, l’animation des personnages est aussi de grande qualité, notamment lorsqu’ils attaquent.

Nosgoth dans toute sa splendeur noire : une pluie battante et glacée, un modeste village éclairé par quelques lanternes et un vampire en quête de sang.

Côté bande-son, la partition musicale est le fruit du regretté compositeur Steve Henifin, décédé en 2019. Pour l’époque, celui-ci fait appel aux synthétiseurs pour composer une ambiance particulièrement puissante et gothique. Attention, là encore, rien à voir avec les compositions beaucoup plus « électro-industrielles » que Kurt Hartland (Information Society) signera pour les futurs jeux. On est dans quelque chose de beaucoup plus émotionnel et sinistre. Road to Vengeance par exemple illustre à merveille tout le côté mystérieux de Nosgoth. Awakening quant à lui vous donne l’impression d’errer dans une terre de cauchemar sous une pluie battante. Citons aussi Solemn Dirge qui, par son infinie tristesse, est l’incarnation du désespoir frappant la contrée. Un sans faute musical qui restera dans vos mémoires et qui en impose aujourd’hui, comparé à certaines compositions récentes !

Côté sons, pure ambiance là encore. Hurlements, gémissements, cris monstrueux, grincement des épées qui s’entrechoquent,… On est bien dans l’horreur ! Côté doublage, la VF est de qualité variable. Kain n’est pas ici doublé par le mythique Benoît Allemane mais par Hugues Martel (Richard Kevin Harrisson du show Pawn Stars et Clamp Grosky dans la saga Layton). Si la différence de ton est évidente, il s’en tire tout à fait dignement. Du côté de Mortanius, c’est le grand Henry Virlogueux qui fait entendre son timbre. L’occasion de retrouver la voix de l’empereur Palpatine du Retour du Jedi. Pour le coup, celle-ci colle à merveille ! La composition des autres doubleurs est cependant plus mitigée. Certaines voix collent, d’autres sonnent très caricaturales. Si vous avez la fibre puriste, vous pourrez aussi passer en VO bien meilleure. Et qui vous régalera de la voix de Simon Templeman dans sa toute première interprétation de Kain.

Malgré son âge, Blood Omen conserve une puissance visuelle et sonore intemporelle.

En tant que Vampire, vous allez devoir prendre en compte certains éléments propres à votre condition. Le jeu innove en effet déjà en instaurant un cycle jour/nuit. Plus puissant au cours de la nuit, Kain s’affaiblit au sein du jour. Certaines énigmes dépendent également de l’heure qu’il est au sein du jeu ! La météo aussi existe ! Kain craint ainsi l’eau, la pluie et la neige, elles lui sont préjudiciables ! Le souci du détail est renforcé par la barre de sang (sa vie) qui s’épuise au fil du temps. Pour la recharger, il devra évidemment se nourrir de ses ennemis. Il pourra s’en prendre également à des innocents emprisonnés ou réduits à l’impuissance au préalable par ses soins. Vous êtes un monstre et le jeu ne vous fait aucune concession à ce niveau. Il existe également des fontaines de sang qui renforceront Kain et lui permettront d’obtenir quelques aptitudes.

Face à vous des soldats, des bandits humains mais aussi des sorciers, fantômes et autres créatures infernales qui vous barreront la route. Avec, bien sûr, les quelques boss qui vous attendent ponctuellement ! Fort heureusement Kain disposera de tout un arsenal d’armes et d’objets pour se défendre. Les épées peuvent ainsi découper vos adversaires en tranches. La masse pourra assommer vos ennemis ce qui vous permettra de vous nourrir plus facilement. Des objets en quantité limitée vous permettront d’assouvir vos pulsions meurtrières : écorchez vos adversaires, faites les exploser ou ratatinez-les jusqu’à ce qu’ils éclatent comme des ballons. Il y en a pour tous les goûts ! La magie est aussi présente et Kain pourra jeter des projectiles, s’équiper d’un bouclier et même absorber le sang de ses ennemis de très loin ! Et bien sûr, les transformations en brume, loup et chauve-souris sont de la partie.

Kain dispose d’un arsenal d’armes et d’outils pour terrasser ses adversaires. L’écorcheur, par exemple, arrache la chair du corps de vos ennemis en éclats sanguinolents.

Kain, c’est le cousin noir de Zelda, on ne le répétera jamais assez. Une barre de vie et de magie, un arsenal d’objets, l’exploration d’un monde avec des phases dans des donjons… Pas de doute, l’ADN est là ! Si Nosgoth est plus sinistre qu’Hyrule, elle n’en est pas moins truffée de secrets. Il y en a 100 à trouver au total dont une zone secrète truffée d’objets et de nouveaux ennemis ! On trouve même un système de « téléportation » analogue. Souvenez-vous de la flûte ou des téléporteurs dans A Link to the Past et Link’s Awakening. Ici, ce sont des balises que vous pourrez activer et qui vous permettront de vous déplacer d’un point à l’autre de Nosgoth !

Reste que le Gameplay n’est pas sans défaut. Déjà la hitbox des ennemis est quelque peu pénible. Il vous faudra souvent vous déplacer légèrement afin de trouver le bon angle pour toucher votre adversaire sans qu’il n’arrive à vous toucher. Il faut compter aussi avec l’animation, certes fluides mais affichant un certain délai pour savoir quand placer votre coup. On finit par s’y habituer mais certains ennemis vous donneront du fil à retordre. Inutile de vous dire que la difficulté du jeu est donc assez grande et que la patience sera de mise. La durée de vie est par ailleurs assez conséquente, surtout si vous faites la chasse aux secrets.

Blood Omen revendique clairement son ADN avec la saga Zelda : exploration extérieure, donjons, villages, secrets, tout l’arsenal de la saga de Nintendo est au rendez-vous ! Au format Dark Fantasy bien sûr.

Reste l’autre grande force du jeu et sans doute l’élément qui revient le plus dans la saga : le scénario. Disons-le très net, Blood Omen : The Legacy of Kain possède sans doute l’un des scénarios les plus complexes et fascinants jamais créés. On retrouve déjà pour l’époque l’écriture profondément élégante et shakespearienne propre à la saga. Comme dit précédemment, celui-ci pose la question de notre rapport au mal : quel est-il ? A-t-il une réelle substance ou n’est-il affaire que de perspective ? Autant de questions auxquelles on réfléchira au fil de l’aventure. Blood Omen se penche également sur d’autres cas d’études comme l’immoralité, la relation entre le Bien et le Mal, le destin, la trahison ou encore le libre-arbitre et son poids face à un monde dirigé par les agents du destin.

Kain lui-même est un héros qui provoque des sentiments véritablement ambigus. Véritable tortionnaire assoiffé de violence et donc propre à inspirer la répulsion, Kain est aussi un homme qui cherche avant tout à trouver ce à quoi tout homme de bien comme de mal aspire : briser ses chaînes afin de pouvoir décider librement de son avenir dans une Nosgoth qui ne laisse aucune place à l’émotion, à l’humanité ou à des sentiments positifs. Tout est ici affaire d’immoralité, de corruption, d’égocentrisme et de violence. Démarrant sur une base simple (Kain revient sous la forme d’un vampire pour se venger), le scénario gagne progressivement en complexité jusqu’à prendre des proportions absolument épiques : trahisons, retournements de situations, guerres, enjeux politiques et autres éléments viendront enrichir une histoire qui est soulignée au sein du jeu par une narration extrêmement soignée.

Blood Omen se distingue déjà à l’époque par la qualité de son scénario et sa narration extrêmement soignée. Une marque de fabrique qui reste encore aujourd’hui étroitement associée à l’ensemble de la saga. PS : les fans reconnaîtront le personnage de droite sans aucun doute.

La progression permet également de mieux cerner le fil du récit et l’atmosphère malsaine qui règne sur Nosgoth via la narration environnementale : on explore des villages tantôt ravagés par la peste, tantôt réduits en cendres, tantôt rongés par le vice et l’immoralité. L’impiété et l’anarchie sont les maîtres mots de cet univers. On enjambe des cadavres rongés par les vers, les brigands attaquent comme des lâches et pratiquement chaque ville a son bordel avec ses femmes plantureuses qui n’attendent que vous pour les réchauffer à leur manière. Autant de prétextes pour laisser ses instincts les plus bas prendre l’air, crever de l’humain innocent et vider vos victimes de tout leur sang jusqu’à ce qu’il ne reste plus que leurs corps inertes. Comble de l’horreur, Kain prend également un réel plaisir à décrire au joueur les différentes armes qu’il possède avec des détails sordides.

Sur le plan des personnages, Kain joue le rôle du narrateur principal de l’aventure, n’hésitant pas à commenter à plusieurs reprises les différents lieux de Nosgoth ou sa situation, en apportant au joueur de multiples informations sur l’univers qui l’entoure. On a déjà, à cette époque, véritablement l’impression de jouer un personnage vivant et complexe, pas un simple agglomérat de pixels muet et sans âme. Les cinématiques en 3D précalculée, certes aujourd’hui archaïques dans leur technique, impressionnent encore pour la plupart par leur mise en scène. Mais, il faut retenir le jusqu’au-boutisme de Blood Omen qui ne fait aucune concession à la légèreté : jouer à ce jeu, c’est incarner le « mal héroïque et chaotique», un tueur sanguinaire et sans états d’âme, le vampire dans sa toute-puissance prédatrice. Un extrémisme dans la violence qui à son époque avait particulièrement fait sensation.

Nosgoth se meurt et vous tenez son destin entre vos mains. Que serez-vous pour elle ? Son rédempteur ou celui qui la condamnera à jamais ?
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NOTE GLOBALE 9
Points Forts
  • Une ambiance Dark Fantasy et Gothique puissante et d'une noirceur inouïe.
  • Des graphismes 2D toujours aussi beaux.
  • Une bande sonore prenante.
  • Zelda version dark fantasy : exploration, donjons, secrets, arsenal et durée de vie conséquente. Tout y est !
  • Un scénario shakespearien d'une exceptionnelle qualité servi par une superbe narration.
  • Une maturité sans concessions dans les thèmes et les visuels.
  • La naissance d'une grande figure du Mal.
Points Faibles
  • VO sous-titrée Anglais uniquement sur GoG.
  • La hitbox des ennemis est capricieuse.
  • Une difficulté parfois très corsée.
  • Un doublage français pas toujours au top.
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Blood Omen : The Legacy of Kain est un immortel chef-d’œuvre. Rarement un jeu vidéo n’aura fait preuve d’autant de jusqu’au-boutisme dans sa cruauté, allant jusqu’à nous faire incarner un mal absolu assoiffé de pouvoir et ivre de vengeance, chose novatrice déjà pour l’époque. Tout est fait dans le jeu pour caresser vos instincts les plus sadiques dans le sens du poil tout en vous faisant évoluer dans un monde à l’agonie. Balayés le sentimentalisme, le merveilleux et les morales manichéennes de trop de jeux d’aventure. Il n’y a nulle place pour l’humanité dans Legacy of Kain : l’homme et la femme ne sont que des bestiaux faibles et pleutres, des sacs de sang tout juste bon à être drainés. De l’autre, les forts comme Kain bataillent pour le pouvoir et la puissance dans une guerre entre agents du destin manipulateurs, le tout pour conquérir une terre corrompue et mourante.

Plus que tout, le jeu impressionne par son scénario et sa narration extrêmement soignés, dénués de toute morale et de tout sentimentalisme. Mais également, par son style graphique prenant, par l’ambiance qui se dégage de son univers spectaculaire et qui réussit à merveille à faire la synthèse entre la Dark Fantasy et le monde des vampires. Jouer à Blood Omen, c’est assister à l’Opéra du Mal, fréquenter le cousin maléfique de The Legend of Zelda, qui troque les princesses pures, les héros vertueux et les vertes plaines d’Hyrule de ce dernier contre des personnages corrompus jusqu’à la moelle ! Des personnages cherchant dans la violence, les trahisons, les manipulations et le vice un moyen de tailler leur place dans une Nosgoth à l’agonie et sans espoir de rédemption. Un jeu d’une absolue noirceur dont l’héritage reste encore aujourd’hui extrêmement vivace. Vae Victis !