
Aaah les maisons hantées ! Un grand classique de l’horreur depuis toujours ! Le thème est à la mode en ce moment, popularisé entre autres avec Phasmophobia qui continue de monopoliser les foules. Et pourtant le concept ne date pas d’hier ! En 1993, un petit jeu bien déjanté sort sur la Megadrive et fait un sympathique carton critique et commercial. Il faut dire qu’Haunting – Starring Polterguy innovait. Non, vous n’incarnez pas une horde de chasseurs de fantômes ! Ici, vous êtes le fantôme et le but du jeu est de faire hurler de terreur une famille d’affreux, responsables de votre mort ! Un cocktail jubilatoire de gore et d’humour trash que l’on sort de la tombe pour l’occasion ! Hantez donc, c’est ouvert !
Souvenez-vous, c’était l’époque où Electronic Arts était encore une compagnie de jeu qui faisait dans le fun. Un jour, quatre développeurs se penchent sur un concept de jeu. Et pas des petites pointures puisque qu’il s’agit de toute l’équipe derrière le mythique Paperboy ! En tête de projet, John Salwitz, le créateur de ce dernier et d’autres jeux comme Cyberball et Rampart. À ses côtés, ses comparses Dave Ralston qui fut notamment animateur pour Les Nouveaux Pierrafeu et sur le jeu Gauntlet et Keith Roberson qui signe ici son premier jeu. Haunting – Starring Polterguy sort en 1993 et est le fruit de ce déchaînement créatif ! L’occasion de sortir un des plus beaux exemples de jeu vidéo respirant à fond l’esprit déjanté et ultra créatif de la période fin 80/début 90 de la culture populaire !
Bref, voici Polterguy, notre fantôme. Il n’est ni un suppôt de Satan, ni un Deadite de chez Evil Dead. Non, c’est un ado punk américain typique de son époque : la mohawk sur le crâne, la veste en cuir, le jean troué aux genoux. Ajoutez à cela un jeu de jambe à faire pâlir Michael Jackson et le jargon typique des 90s aux lèvres et vous avez une idée du tableau. Comment est-il mort? Un problème de skate défectueux. Et plus précisément en provenance des usines de Vito Sardini, un yuppie de la plus belle espèce adepte de la commercialisation de skates au rabais. Naturellement, de son vivant Polterguy suit la mode comme tout bon ado qui se respecte et son skateboard finit immanquablement par le lâcher, menant à un accident fatal.

Sardini s’en sort grâce à une armée d’avocats. L’affaire est enterrée vite fait bien fait. La vie continue pour les Sardini au sein de leurs maisons au luxe insolent. Mais, il y a une vie aussi après la mort. Depuis l’Au-Delà, le jeune Polterguy a bien l’intention de présenter la facture de son trépas précoce à son meurtrier en costard trois-pièces. Une facture tellement salée qu’elle fera passer la Mer Morte pour une bouteille de Cristalline. Ayant rassemblé une réserve d’ectoplasme suffisamment conséquente, il se matérialise sous la forme d’un fantôme dans la première demeure de la famille Sardini. Puis se lance alors dans ce que les fantômes savent faire de mieux : hanter les lieux et faire hurler de terreur les membres de la maisonnée.
Quatre maisons vous attendent au total, chacune dotée d’une quantité astronomique de pièces ! Les Sardini y vaquent à leurs occupations et résident chacun dans un lieu spécifique. Vous allez devoir vous rendre dans ces pièces afin de les y trouver. C’est à ce moment-là qu’intervient le système de chasse : la maison et ses objets peuvent être en effet hantés afin ensuite de déclencher des événements terrifiants. Vases, chaises, couloirs, portes, murs, jouets et bien d’autres choses peuvent servir à terrifier les occupants. Il vous suffit pour cela de repérer les éclats qui les identifient et d’une pression d’un bouton afin de vous fondre dedans. Ils deviennent alors des objets hantés et vont infliger un gros choc bien gratiné à quiconque s’en approchera ! Au total ce sont près de 400 types de peurs que le jeu vous propose tout le long de l’aventure ! Il y en a pour tous les goûts !

Il existe trois types d’objets à hanter, chacun brillant d’un éclat différant afin de les différencier. Les objets ayant un éclat bleu se déclenchent automatiquement. Une fois hantés, ils se mettront à trembler légèrement, attirant l’attention d’un des Sardini qui ira l’inspecter. C’est là que la peur se déclenchera. Les objets ayant un éclat jaune-orangé s’activeront immédiatement dès lors que Polteguy les hantera. Il convient donc de déclencher l’effet au bon moment pour s’assurer que la victime soit bien témoin de l’événement. Enfin, les objets verts sont des objets à utiliser manuellement. Il est possible d’en diriger la plupart et une autre pression d’un bouton permet de déclencher un effet encore plus terrifiant ou tout simplement d’annuler la possession.
Les Sardini disposent tous d’une jauge de peur allant de calme à très élevée. Le portrait qu’ils affichent change aussi en fonction de leurs émotions. Chaque peur que vous générez augmente ainsi leur degré de terreur. Il convient donc de les enchaîner pour un maximum d’efficacité. Lorsque leur peur arrive au seuil maximum, votre victime quitte la pièce. Vous devrez alors la suivre et à nouveau lui faire peur pour la faire fuir ! Ne traînez pas car sinon elle finira par se calmer et vous devrez refaire grimper la jauge ! Pour virer un Sardini définitivement, vous devez les attirer dans une pièce dont l’une des portes donne sur l’extérieur de la maison ! Si vous vous y prenez bien, votre cible fuira la maison par la porte de dehors ! Dégagez les autres membres de la même manière pour ainsi vider la maison et passer à la suivante !

La terreur joue un rôle essentiel également dans votre survie dans Haunting – Starring Polterguy ! Notre Casper rebelle dispose en effet d’une barre d’ectoplasme vert. Il s’agit, en quelque sorte, du temps qu’il peut passer dans le monde des vivants. Cette barre se vide lentement au fil du temps. Pour la remplir, il est impératif de terroriser le plus possible les Sardini. En effet, quand ceux-ci prennent la fuite, des gouttes d’ectoplasme apparaissent. Les récolter permet de recharger votre barre et donc de prolonger votre présence. Plus vous terrifiez les Sardini, plus vous obtenez d’ectoplasme. Vous avez donc tout intérêt là aussi à les terroriser avec un maximum de frayeurs. Si par malheur votre barre se vide, vous disparaissez du monde des vivants et retournez dans le Royaume des Morts.
Le gameplay change alors sensiblement ! Vous allez errer le long d’un long donjon sinistre pour récupérer de l’ectoplasme afin de pouvoir retourner dans le monde des vivants. Seul souci, les habitants des lieux n’ont pas l’intention de vous laisser repartir et feront tout pour vous entraver. Bras démoniaques jaillissant des murs, chauves-souris, crânes et autres trous en voudront à votre peau. Ici, Polterguy dispose d’une barre de vie sous la forme d’un portrait. Chaque blessure diminue sa visibilité légèrement. S’il disparaît complètement, c’est le Game Over ! Il vous faut donc survivre et parvenir à récolter suffisamment d’ectoplasme. Si vous y parvenez, vous retournez alors dans la demeure des Sardini à l’endroit exact ou vous avez disparu ! Ces phases de donjon interviennent également une fois que vous videz une maison de ses occupants ! L’occasion de refaire le plein !

Le passage dans le Royaume des Morts est également l’occasion de récolter quelques objets spéciaux. Au nombre de cinq, ces objets peuvent vous donner un avantage conséquent ! L’ectro-extra permet, par exemple, de remplir sa barre d’ecto au maximum si vous êtes sur le point de disparaître. Le cadeau surprise permet de déposer un paquet au sol qui explosera via une combinaison de touches. Si un Sardini s’y trouve, sa jauge de terreur explose et vous obtenez une énorme quantité d’ectoplasme après sa fuite. Le Boo-Doo est une série de pétard que vous pourrez faire exploser. Terreur garantie ! Le plus sinistre des sorts cependant est le Zom-B-Ize qui vous permet de prendre possession d’un Sardini et de terroriser son entourage ! Ultra flippant ! Dernier objet : une gamelle de pâté pour chien qui vous permettra d’occuper le membre le plus vicelard de la maisonnée.
En effet, à partir de la seconde maison, les Sardinis acquièrent un immonde chihuahua. Sous ses dehors de toutou à sa mémère, ce cabot est en fait votre pire ennemi ! Il est le seul de la famille à pouvoir vous voir et il fera tout pour protéger les Sardini ! Ses aboiements peuvent déjà considérablement les calmer et font diminuer drastiquement votre barre d’ectoplasme ! Pire : Si vous le croisez dans une pièce et qu’aucun Sardini ne s’y trouve, il y a de très fortes chances que ses aboiements attirent une ecto-bête. Ces têtes volantes apparaissent occasionnellement pour voler votre Ectoplasme après avoir fait fuir un Sardini d’une pièce. Elles sont extrêmement brutales et chacune de leur morsure entamera votre barre d’ectoplasme ! Attention donc ! Vous pourrez vous en débarrasser grâce à quelques coups de pied dans la tronche mais il est préférable de les éviter à tout prix !

En terme de graphismes, Haunting – Starring Polterguy joue la carte de la fameuse vue isométrique ! Ce qui permet d’englober les différentes pièces de la meilleure des manières. Haunting – Starring Polterguy est également l’occasion de se gorger de l’esprit typique des années 90 ! D’abord par son ton, mélange de trash, de violence et d’humour cartoonesque. Pensez à un hybride entre Evil Dead 2 et les Looney Tunes pour avoir une idée. Sans compter que chaque maison respire l’atmosphère de cette décennie. Mais ce sont surtout les animations qui tirent le gros de la couverture ! L’énorme quantité de terreurs à utiliser se double d’autant d’animations ! On oscille entre le franchement gore et l’hilarant. Sans compter les mimiques des Sardinis malmenés par vos mauvais tours. C’est à la fois horrible et à crever de rire ! Enfin, les graphismes fourmillent de détails ! Un régal pour les yeux !
La bande-son n’est pas en reste. Les compositions musicales sont dans le ton bien « spooky » avec des musiques d’ambiance qui installent une atmosphère pesante. On a même le droit à quelques sonorités hard-rock au cours de la partie. Mais là aussi ce sont les effets sonores qui brillent par leur multitude. Évidemment, tout est fait pour susciter tant l’horreur que l’hilarité. Entre deux éructations écœurantes résonnent les sonorités typiquement cartoon des Sardinis tremblant dans leurs braies. On pense là encore volontiers à Scooby-Doo quand on les entend claquer des dents. Mais un Scooby-Doo façon massacre à la tronçonneuse. Là encore, le trash et le délire dansent le tango !

Maintenant, le jeu n’est pas non plus sans défauts. Déjà le concept ne change pas d’une maison à l’autre : vous devez virer les membres un par un, puis passer à la maison suivante et rebelote. Il n’y a pas de réel aspect stratégique : tout repose sur l’enchaînement des frayeurs jusqu’à ce que les Sardini se fassent la malle. Certes, de nouvelles peurs s’installent dans les nouvelles maisons, mais si cela ne vous suffit pas, vous risquez de trouver le jeu un peu répétitif. De plus, une fois les mécaniques bien en main, le jeu s’expédie assez rapidement. S’il vous faudra quelques heures pour vos premières parties, vous plierez la chose en plus ou moins une heure une fois que vous maîtrisez le jeu. Et faute d’une réelle rejouabilité, vous n’y reviendrez au mieux que pour son ambiance unique et tester de nouvelles terreurs.
Enfin, le jeu n’est pas forcément très maniable, en particulier dans les phases de donjon. Déjà problème numéro 1 : Polterguy semble glisser sur du savon quand il se meut. Bon, certes, c’est un fantôme donc c’est pour l’effet. Mais cela peut être difficile de négocier certains passages à cause de cela. Le simple fait de passer une porte peut nécessiter quelques secondes le temps de bien s’orienter. De plus, les sauts peuvent être parfois délicats à gérer dans les phases de donjon. On retrouve là encore le petit côté frustrant de la 3D isométrique qui peut rendre les perspectives difficiles à appréhender. Un élément dont Landstalkers s’était fait une spécialité, on s’en souvient. Enfin, on soulignera une séquence finale dans l’ultime maison qui s’avère extrêmement difficile à négocier. Un pic de difficulté très frustrant !
Haunting – Starring Polterguy est l’archétype même de ces jeux complètement barrés des années 90s ! Mélange d’humour déjanté et d’horreur trash, il se double également d’une expérience d’une folle originalité. Aujourd’hui encore, on ne compte que sur les doigts d’une main les jeux reprenant son concept. Avec ses animations hilarantes et bien gores, ses sonorités sinistres et cartoonesques et l’innombrable multitude de frayeurs aussi sanglantes que délirantes, Haunting – Starring Polterguy convoque les mânes de Sam Raimi et Scooby-Doo pour vous offrir une simulation jubilatoire de hantise. Et si vous faites abstraction d’une maniabilité un peu hasardeuse et d’une répétitivité assez présente, vous aussi prendrez un plaisir sadique à terroriser ces imbéciles de Sardini. Le jeu idéal pour Halloween, d’autant plus si vous avez la fibre rétro chevillée au corps !