
Sonic 3 est là ! Mais voilà vous avez une hésitation : devez-vous d’abord mater Knuckles? Ou préférez-vous zapper la série pour foncer voir le film? Et d’abord c’est quoi Knuckles au juste ? Eh bien, une mini-série spin-off de six épisodes qui s’insère entre le second et le troisième volet. Une occasion d’en savoir plus sur le nouveau pote de la Team Sonic ! Alors, certes on connaît déjà le lore autour de Knuckles dans la réalité des jeux. Mais, on sait aussi que les films adoptent une autre approche de l’univers de Sonic. Dès lors, cette série, à première vue, semble faite pour nous en apprendre plus sur notre ami échidné. Ce qui sera en partie vrai… mais avec un twist qui ne plaira clairement pas à tout le monde.
Bref, retournons à Green Hill peu de temps après la victoire de Sonic sur Robotnik dans Sonic 2. Sonic, Tails et Knuckles sont désormais de vrais potes et vivent leur meilleure vie chez les Wachowski qui les ont adoptés. La paix semble être de retour… à un détail près. Knuckles qui prend toujours autant au sérieux la voie du guerrier. Et qui semble donc considérer toute personne approchant du foyer de sa nouvelle famille comme une menace potentielle. Terreur des ouvriers de chantier et des facteurs, il met la patience de Maddy Wachowski à rude épreuve. Et ce malgré les conseils de Sonic qui lui recommande de prendre la vie plus légèrement.

Puni suite à un ultime accident, Knuckles reçoit les conseils avisés de l’esprit de l’aîné de sa tribu, Pachacamac. L’Ancien lui recommande ainsi de transmettre son savoir à un apprenti. Le choix de Knuckles se porte alors sur Wade Whipple, l’adjoint du shérif. Et accessoirement un individu profondément immature qui vient de se faire éjecter de son équipe de bowling. Ce dernier souhaite pourtant se rendre à Reno afin de participer au plus grand tournoi de bowling du monde. Knuckles décide de l’accompagner afin de le former. Un road trip démarre au cours duquel les deux personnages se découvriront. Wade réalisera-t-il son rêve et devenir un vrai guerrier ? Knuckles parviendra-t-il à trouver un équilibre dans sa nouvelle famille ? Hélas, le danger guette également car les agents Mason et Willoughby du G.U.N comptent bien capturer Knuckles.

Knuckles souvenons-nous, apparaît pour la première fois dans le jeu vidéo Sonic 3. Trompé par Robotnik, il s’oppose constamment à Sonic et Tails. Il finit cependant par se rendre compte de la duperie du sinistre docteur et de devenir un ami de nos héros. Dernier membre de la race des échidnés et natif d’Angel Island, il est le gardien attitré de l’Émeraude Mère. Il incarne également l’homme fort du groupe de Sonic étant en effet doté d’une puissance colossale. Knuckles devient rapidement une star et un des personnages emblématiques de la saga. Son caractère change cependant dans la série TV Sonic Boom où il affiche un côté beaucoup plus naïf (pour ne pas dire bête). Il est ainsi fidèle au cliché de la brute épaisse qui compense son manque de matière grise par sa force physique. Les films rétablissent cependant son caractère de guerrier sérieux et déterminé.

L’autre moitié de notre duo est Wade Whipple, le shérif adjoint de Green Hill que l’on peut voir dans les deux premiers films. Celles et ceux qui se souviennent de lui savent que question intelligence et maturité, le bonhomme se la joue niveau école maternelle. Archétype du grand bonhomme de 40 piges avec la mentalité d’un gamin de six ans, il incarne l’aspect « déjanté pour moins de 7 ans » des films. Pas vraiment le personnage qu’on s’attend à la base à retrouver en priorité. C’est pourtant lui qui va partager l’affiche avec Knuckles dans la série puisque l’échidné compte en faire un guerrier digne de ce nom. Autant dire que le chantier va être gigantesque. Adam Pally retrouve donc son personnage de grand gamin con-con et le principal souci de la série, c’est justement qu’il tire la couverture à lui.
En effet, tout tourne autour de la « formation » de Wade sur « la voie du guerrier ». Knuckles joue ici le sensei bourru chargé d’éduquer son poulain à la dure. Pas facile quand Wade fait preuve d’une puérilité crasse. Or, si l’humour parfois très infantile des films vous énerve, préparez-vous à le retrouver au mieux de sa forme ici. L’immaturité du personnage est exacerbée. En découlent alors des scènes d’humour qui forcent trop la dose et deviennent même, disons-le très net, parfois un peu grotesques. Le pauvre Wade peine à convaincre de la crédibilité de sa personne quand celui-ci multiplie les idées dignes d’un gamin d’école de maternelle. Certes, c’est le concept du personnage, mais on finit par avoir du mal à croire qu’un type pareil soit shérif adjoint.

On ne peut dès lors s’empêcher de penser à cette sombre idée. Celle qu’à Paramount : on considère que pour faire rire les enfants, il faut que ça soit forcément débile et surjoué. Un postulat qui semble se démocratiser en ces temps où la frilosité créative est le maître mot… Bon tout n’est pas noir non plus : le personnage reste tout à fait attachant et sait faire preuve aussi de moments émouvants et sincères. Mais, il incarne également le sempiternel cliché de « l’adulte resté un gamin car traumatisé par un souvenir familial ». C’est là un gros loupé et même un choix paresseux car galvaudé. Car, au final, on ne fait que capitaliser sur la personnalité même de Wade. Alors oui, le personnage va évoluer. Mais sans vraiment se départir de ce côté grand gamin débile. Ce qui n’aurait pas été un luxe.
On pourrait espérer que le reste du casting s’en sorte mieux. Hélas, presque tous les personnages sont assez caricaturaux et font preuve de ce côté grand-guignol sous stéroïdes. Mason et Willoughby, les deux agents du G.U.N ressemblent ainsi à des hybrides de Jessie et James de Pokémon et des Men in Black. Autre antagoniste : l’Acheteur, un ancien fidèle de Robotnik qui nous ressort le cliché du mec laconique aux airs de catcheur sinistre. Il incarne le côté méchant sérieux et intimidant dont la seule aura fait trembler ceux qui lui font peur. Et c’est là que le bas blesse : le personnage aurait été bien mieux exploité en tant qu’antagoniste. Hélas celui-ci reste trop longtemps dans l’ombre. Plus original cependant, Cary Elwes qui campe Pistol Pete, champion anglais de Bowling et Pudding d’Or de l’esprit British dans toute sa ridicule et vaniteuse splendeur.

Bref voilà un des principaux soucis de la série. En désirant capitaliser sur un jeune public, elle exacerbe son ton infantile au point d’en devenir parfois un peu trop grotesque. On oscille entre séances de cabotinage, visages grimaçants et clichés si bien que les personnages se limitent à n’être que des archétypes. Alors certes Sonic n’est pas le genre d’univers faisant place à une grande profondeur psychologique. Mais on ne peut regarder Knuckles sans avoir l’impression détestable que tout cet aspect grand gamin est forcé. Comme si grimaces et situations ridicules étaient, comme dit plus haut, le pain béni des jeunes enfants. Si ces derniers s’en accommoderont potentiellement, les adultes (et surtout les fans de Sonic de la première heure) devront faire appel à une énorme dose de leur enfant intérieur pour apprécier la chose.
L’autre gros souci de la série : un personnage principal… qui n’en est pas. Si Knuckles est bel et bien présent, il se résume hélas à son seul rôle de mentor. Wade est clairement le centre de la série. Un peu problématique quand on sait que la série porte le nom de l’échidné et même son visage. Plutôt du coup qu’une exploration approfondie de son histoire, on se retrouve à la place avec un buddy movie initiatique. Certes en apparence Knuckles mène le jeu ! Il décide, conseille et indique à Wade comment « devenir un vrai guerrier ». Mais la série se concentre au final sur les effets et conséquences de « l’entraînement » de ce dernier. Pour illustrer au mieux le propos, imaginez que les Tortues Ninja s’appellent en fait Splinter. Ça vous donne une bonne idée de la chose.

Plusieurs épisodes font même davantage un focus sur Wade. Là encore, on ne peut s’empêcher de trouver que la série vient de nous faire une mauvaise blague. Elle se rattrape en partie dans l’épisode 4 qui nous sort un numéro musical « cheap rock » ! Costumes, accessoires, et autres numéros musicaux défilent pour nous présenter le passé de Knuckles. Un côté spectacle musical pour enfants et grands gamins qu’on trouvera soit délirant et génial, soit gênant et grotesque (ou les deux). Bon point en tout cas, il surfe allègrement sur la nostalgie des années 90. Mais là encore, il y a un souci. On y découvre certes les origines de notre ami échidné… mais du point de vue de Wade et d’un autre personnage. Du coup ce récit censé apporter du contexte ne sert que de socle au numéro musical de Wade qui vole là encore la vedette.
Sans doute le meilleur de la série, l’épisode 3 résume probablement le mieux les paradoxes de cette dernière. À cette occasion on y découvre la famille de Wade : d’un côté la matriarche Gwendolyn, incontestablement le meilleur personnage de la série. Stockard Channing, absolument géniale, joue une mère blasée et esseulée mais tendre et ouverte d’esprit. De l’autre sa soeur Wanda, campée par Edi Patterson, dont il est le souffre-douleur. Une soeur un rien psychopathe et ayant une vision ultra-caricaturale de son boulot au FBI. Là encore, on se paye une interprétation tout en surenchère et en exagération. Patterson ne peut hélas s’empêcher de multiplier les grimaces quand elle parle. Ce qui devient très vite énervant et la ramène au même degré de puérilité que Wade. Là encore si les enfants apprécieront, les adultes eux risquent de se sentir mal à leur aise.

Cet épisode est heureusement aussi porteur de bonnes choses. Il est notamment l’occasion pour Knuckles de s’initier à la culture juive. Mais aussi de découvrir une famille dysfonctionnelle qui tranche avec le petit foyer idéal des Wachowski. Et au passage de prendre quelques leçons auprès de Gwendolyn sur la réalité du monde. Et c’est de ça dont il est question quand j’évoque le terme de « paradoxe » : à cette puérilité énervante qui s’étale tout le long de la série, on découvre soudain une réelle finesse d’écriture quand Gwendolyn prend les rênes. Son rapport avec Knuckles est clairement l’un des gros points forts de la série. Mais on retiendra aussi et sans doute surtout la scène finale de l’épisode, un combat chorégraphié dans une cuisine sous fond de musique Yiddish. C’est absolument hilarant, génial, superbement filmé et ça relève nettement le niveau de la série !

Bon à la lecture de ces lignes, on pourrait dire que la série n’est pas brillante. Et pourtant, en arrivant à convoquer son enfant intérieur, il est difficile de la détester. Si en plus vous faites partie de la génération ayant connu les années 80/90, vous pouvez vous préparer à un trip nostalgique du plus bel effet. De multiples références à l’Âge d’Or du jeu vidéo et aux années 80 et 90 se glissent dans chaque épisode. Qu’il s’agisse du baladeur CD de Wade, de certaines musiques flairant bon ces belles années (oui, vous allez même vous retaper I Need a Hero) ou des multiples références dans certaines scènes, tout fleure bon l’époque bénie de l’enfance des 80s/90s.
Les références au lore de Sonic émaillent également chaque épisode. À commencer par l’amour immodéré de Knuckles pour le raisin. Ou encore d’autres détails qu’on vous laissera découvrir par vous-même. L’occasion de tester un peu vos connaissances de cet univers. À ce niveau, ce trip empreint de nostalgie est jubilatoire même si, disons-le très net, il touchera surtout celles et ceux ayant connu la grande époque de Sonic et du jeu vidéo et les deux dernières décennies du XXème siècle. Les enfants de la jeune génération en seront pour une sorte de voyage vers cet étrange passé où les posters de Terminator 2 et les couettes Tortues Ninja sont dans le vent. Et surtout à l’époque où Sonic était l’autre grande mascotte du jeu vidéo et le grand rival de Mario. Pour ça, Knuckles est un rappel salutaire que oui Sonic reste contre vents et marées une légende.

Techniquement la volonté de proposer un show de qualité est là. Certains effets spéciaux font un peu tape-à-l’œil mais l’ensemble est tout à fait appréciable ! Quelques plans sont notamment très beaux. On revient rapidement sur la scène de combat de l’épisode 3 qui clairement démontre le potentiel créatif et technique de l’équipe derrière le film. Le numéro musical quant à lui joue la carte du volontairement cheap. Un côté carton-pâte que n’aurait pas renié un certain Michel Gondry (pensez notamment à Soyez Sympa, Rembobinez). Alors certes, oui, sans le génie créatif de ce dernier mais qu’importe. On sent, au-delà de l’aspect exagéré, une volonté d’avoir du fun et de faire rire. C’est pour cela que quelque part on pardonne les errances du jeu d’acteur de la série. La bonne humeur du show est là et il reste curieusement accrocheur.
Autre point positif et pas des moindres : si Knuckles fait toujours appel à Idris Elba en V.O et au génial Frantz Confiac en VF, Sonic retrouve ENFIN son doubleur français attiré, Alexandre Gillet. Certes le hérisson n’apparaît que dans le premier épisode, mais ça fait plaisir de remettre les pendules à l’heure. Exit Malik Bentalha dont la performance avait irrité les fans au plus haut point. Profitez-en cependant car hélas ce dernier remettra le couvert pour Sonic 3. On aurait aimé que Paramount reste dans le rang. D’autant plus que, comme on le sait, les fans n’attendent que ça et s’irritent là encore de la présence de l’humoriste. Super Mario a déjà prouvé en effet qu’un casting de célébrités vaut moins qu’un professionnel.
Au final on ressort de Knuckles avec un sentiment conflictuel. La série dégage clairement un énorme capital sympathie entre références multiples aux années 80/90 et volonté de cultiver l’esprit Sonic. Les increvables nostalgiques qui, comme moi, versent encore de nos jours une larme à l’évocation des seuls souvenirs de cette époque en auront clairement pour leur temps et argent. Surtout que techniquement, elle s’en sort avec les honneurs ! On retiendra aussi quelques personnages mémorables comme Cary Elwes, en anglais tout ce qu’il y a de plus clinquant et insupportable. Mais tous les oscars du monde iront clairement à Stockard Channing dont la tendresse et le cynisme apportent une réelle complexité et fraîcheur à l’ensemble de la série. Un sacré contrepoids à la famille très « javelisée » des Wachowski .
Il est cependant dommage que les personnages caricaturaux, l’humour puéril et les situations parfois grotesques parasitent le tout. D’autant plus que le titre s’avère trompeur sur la marchandise. Pour autant quelque chose fait qu’on accroche à cette étrange expérience télévisuelle. Comme si on était plongé dans une sorte de délire où au lieu de proposer un truc des plus sérieux comme notre pote l’échidné on cherche juste à se taper un grand délire pour petits et grands. Et c’est peut-être ça d’ailleurs le secret qui vous permettra d’apprécier Knuckles : ne pas trop vous plomber la tête, prendre le show tel qu’il est et passer un bon moment ! Convoquez votre gamin intérieur pour supporter son ton et profitez de votre trip nostalgique. À défaut d’en faire la série du siècle, vous passerez un moment agréable.
Si trop d’infantilisme vous donne de l’urticaire en revanche, vous ne passerez sans doute pas le cap du premier épisode.